Under the High Patronage of His Majesty NORODOM SIHAMONI, King of Cambodia

Actualité & News

20 Sep

Le Dacco

Le dacco, hook, ankus ou bullhook, c’est l’outil traditionnel du mahout. Il est indispensable au mahout qui doit toujours l’avoir avec lui lorsqu’il est avec un éléphant.
Cet outil n’est pas là pour faire souffrir l’animal, mais pour le guider, le stopper ou le faire tourner, il prolonge le bras du mahout d’une manière ferme. Il n’est pas là pour frapper mais pour être appliquer et transmettre des indications à l’éléphant.
Il ressemble à un pic, un piolet. Son aspect agressif a provoqué des hurlements injustifiés de la part de personnes souhaitant protéger les animaux. Si cela part d’une bonne intention, c’est le fait de personnes mal informées ou ne connaissant pas les éléphants.

Certains affirment que les éléphants sont traumatisés par le dacco. Ce n’est pas l’éléphant qui est traumatisé, mais des espèces de grenouilles de bénitier qui voient du mal partout et qui sont effrayées par l’aspect du dacco. Ils affirment que le souvenir de la torture infligée lors du dressage « à la dure » les marque à vie. C’est vrai, mais pas le dacco.

Les jeunes éléphants, pour être dressés sont très souvent enfermés dans des cages et battus pendant des heures pour « séparer » l’âme du corps. C’est une horreur et c’est inacceptable, mais ce qui traumatise l’éléphant, ce sont les barres de bois dans lesquelles il est enfermé, les cordes qui le maintiennent immobilisé et les coups qu’il reçoit.

Mais pas le dacco et pour une raison simple :
J’ai visionné plusieurs vidéos de phajaam pour bien asseoir mon jugement. Une horreur ! Mais dans aucune de ces vidéos les sadiques qui frappaient le jeune éléphant n’avaient de dacco. Ils avaient des bâtons, des barres métalliques mais je n’en n’ai pas vu avec des daccos.

Il y a quelques semaines, mon fils Kenji a fait une expérience très intéressante qui prouve bien que ce n’est pas le dacco qui traumatise l’éléphant :
Il était à côté de son éléphant avec un dacco à la main. Pour une raison quelconque, il a dû faire un large geste de la main qui tenait le dacco et l’éléphant a sursauté en clignant des yeux, comme s’il avait eu peur.

L’éléphant serait-il effrayé par le dacco ?
U n peu plus tard, il a refait le même geste un peu brutal, mais sans le dacco et l’éléphant a eu la même réaction. Voilà ce qui prouve bien que l’éléphant n’est pas traumatisé par le dacco en lui-même mais qu’il a gardé en mémoire les violences qu’il avait subies plusieurs dizaines d’années plus tôt.

Un dacco n’est pas tranchant et ne doit pas piquer. C’est un instrument de sécurité, il peut servir à guider l’éléphant mais surtout peut intervenir en cas de problème : si un éléphant est pris de panique (suite au passage d’un hélicoptère à basse altitude par exemple) ce qui est très rare, il n’est pas possible de l’arrêter avec notre petite main d’humain, mais lorsque l’éléphant sent la pression d’un morceau de métal – ni pointu ni tranchant – il comprend qu’il doit se calmer.

C’est rare, mais en quinze ans passés avec des éléphants, je me souviens de quatre ou cinq cas de ce genre, imprévisibles, mais qu’il fallait absolument gérer pour éviter un drame.

Bien sûr, il y a des brutes qui utilisent le dacco avec violence et sans pitié, mais la plupart des mahouts ne se servent que très peu de leur dacco.

On pourrait comparer le dacco aux éperons que portent certains cavaliers dans le cas de chevaux difficiles à gérer. Certains cavaliers brutalisent leur cheval à le faire saigner, mais d’autres savent mettre une petite pression juste pour signifier à l’animal ce qu’ils ont envie de lui faire comprendre.

Il y a quelques semaines, je suis allé voir un éléphant qui se trouvait dans un camp dit « éthique ». Je suis sorti de ma voiture avec un dacco pour aller voir l’éléphant et aussitôt quelqu’un s’est précipité sur moi pour me dire qu’il ne fallait pas que les touristes voient cet instrument, on m’a simplement demandé de le cacher.

J’ai donc caché l’objet dans un tee-shirt et nous sommes allés voir l’éléphant et, comme nous n’étions pas très loin des touristes et qu’on pouvait nous voir, le mahout m’a expliqué qu’il ne fallait pas se servir de dacco mais m’a montré un gros clou qu’il cachait dans sa main.

C’est très grave ! C’est non seulement un mensonge et de l’abus de confiance, mais en plus, c’est dangereux : le clou pique l’éléphant et peut le faire souffrir donc aussi le faire réagir violemment. De plus, le rôle du dacco étant aussi de prolonger le bras du mahout en cas de besoin, il n’est plus possible d’arrêter un éléphant qui partirait en courant sans le piquer et lui faire du mal.

J’ai ensuite voulu monter sur l’éléphant. On m’a dit de faire cela plus loin, les clients touristes ne doivent pas le voir.
– Pourquoi ?
– On leur dit que monter sur l’éléphant les fait souffrir…
Voilà tout ce que je retiens de ce camp « éthique » !

Pour des raisons de sécurité, j’exige que tous les mahouts aient un dacco avec eux, même s’ils ne s’en servent pas. Et, comme le dacco fait peur (aux gens, pas aux éléphants) nous avons décidé de créer un nouveau style de dacco qui, visiblement, n’est ni tranchant ni piquant.

En fait, c’est exactement la même chose, mais il parait plus soft et d’un aspect qui n’inquiète plus !
Voici donc le dacco nouvelle génération que nous utilisons chez nous.

A gauche, le dacco traditionnel qui donne l’impression d’être tranchant et pointu. A droite, notre nouveau dacco fait d’une tige recourbée et au bout arrondi. L’utilisation et le résultat sont exactement les mêmes, mais l’aspect rassure ceux qui auraient tendance à voir de la maltraitance et de la brutalité là où il n’y en a pas ! »

 

Par François Collier, Ganesha Park